mercredi 14 novembre 2018

Entretenir les espaces publics sans pesticides, c’est possible !

Entretenir les espaces publics sans pesticides, c’est possible !

Le passage au zéro-phyto des cimetières est toujours plus délicat que pour d’autres espaces en raison du sentiment d’abandon que pourraient ressentir les visiteurs venant se recueillir sur un site mal entretenu. D’où l’importance de la gestion de ces lieux par les communes. La commune de Champcueil, au travers des témoignages de Manuel et Mathieu Mariette des services techniques, Chrystel Pacory en charge de la gestion du cimetière à la mairie, et de Vincent Van de Bor du PNR a été citée en exemple.

Adhérente à la charte de gestion des espaces communaux du PNR du Gâtinais, la commune de Champcueil a démarré la réduction des produits phytopharmaceutiques en 2010, par la suppression des herbicides anti-germinatifs. En 2012, ce furent les traitements foliaires (glyphosate) qui furent arrêtés.

Les premiers essais de végétalisation ont été entrepris dans une partie ancienne du cimetière, avant d’étendre la technique à l’ensemble du site. Cette progressivité dans la démarche a facilité l’acceptation par la population.

L’idée a été de remplacer le revêtement sableux des allées et inter-tombes par des gravillons et un semis de gazon à base de fétuque rouge et ovine, voire de trèfle. Il y a eu réarrangement des bordures de certaines tombes pour les aligner correctement et faciliter le passage de la tondeuse. De même des rejointoiements ont été faits sur les espaces entre deux rangées de tombes pour éviter un entretien difficile par l’étroitesse de l’espace. Cette technique est également très fréquemment utilisée sur les trottoirs et caniveaux.

Des plaques de tapis de sedum ont été disposées dans d’anciennes tombes de concessions abandonnées. La présence sur la commune d’un ancien sanatorium fait que de nombreuses personnes y étaient décédées sans famille. Dans d’autres cimetières, ces plaques sont utilisées surtout pour les intervalles entre tombes. Un désherbage manuel est réalisé si nécessaire. L’implantation d’autres espèces, plus massives, est envisagé (bergenia, géranium).

Le colombarium a vu l’implantation d’un gazon ce printemps après décompactage du sol. Il s’est bien implanté, sans aucun arrosage, malgré les conditions chaudes et sèches de l’année. Les gazons sont suffisamment rustiques pour repartir malgré tout.

En terme d’entretien, il y a une tonte toutes les 3 semaines au printemps, une toutes les 6-8 semaines par la suite, dont une avant la Toussaint. La tonte n’est pas réalisée trop rase. Dans d’autres cimetières, certains espaces ne sont fauchés qu’une fois par an. Quelques adventices poussent, mais en général qui ne donnent pas un caractère d’envahissement. Certaines personnes continuent de désherber manuellement le tour de leur tombe.

L’aménagement du cimetière a concerné également les murs d’enceinte. L’un est recouvert d’une vigne vierge. Un autre est masqué par une haie arbustive variée qui a remplacé la traditionnelle haie de thuyas, très consommatrice en temps d’entretien.

   

Ces aménagements apportent de la biodiversité au site, avec plus d’oiseaux, et même un lièvre.

A travers cette gestion végétalisée, l’idée est de donner aux visiteurs l’envie de venir se recueillir dans un cadre agréable, mais de faire aussi du cimetière un lieu de promenade car il joue aussi un rôle pédagogique. Ainsi des cours de reconnaissance de végétaux sont donnés aux enfants.

Dans le cadre de la charte de gestion des espaces du PNR, la commune a également végétalisé ses trottoirs, ce qui correspond à la surface de 13 terrains de football.

Les évolutions passent nécessairement par une phase d’investissement, ainsi que de la formation et de la communication. Au niveau des agents, on passe du trio classique d’activités tonte / taille / traitement à un véritable métier de jardinier.

Le PNR du Gâtinais joue un rôle important avec des aides financières et un accompagnement technique, permettant de trouver des solutions de gestion les plus adaptées pour chacune des 69 communes de son territoire.

Lettre actualités phyto Ile-de-France n°106-octobre 2018 (cf page 11)